Journal de l'inaccompli

Mon rapport pathologique aux autres et au monde.
Test
30 Octobre 2011 à 14h47
test (...)
Echec
24 Août 2010 à 0h25
J’ai échoué. J’ai attendu toute la journée sa venue. J’étais perclus de fatigue quand elle est enfin venue à cinq heures. Je ne trouvais d’abord rien à lui dire ; j’ai pourtant réussi à lui parler dans la cuisine. Elle me disait toujours : « Je n’avais jamais vu les choses sous cet angle », « c’est drôle, je n’y avais jamais pensé », mais elle ne semblait pas ravie ; elle semblait ailleurs, ou présente seulement de mauvais gré. Finalement je lui ai joué ma composition ; elle suivait des yeux la partition (...)
Vivien
23 Août 2010 à 1h21
Vivien veut refaire une soirée à quatre la semaine prochaine (exactement les mêmes convives que la dernière fois donc). Il voulait la faire chez nous cette fois, dans notre appartement. Du moins c'est ce qu'il a proposé à Marion, qui a aussitôt refusé l'éventualité, stupéfaite. Comment une pareille idée lui est venu à l'esprit en effet? Je ne sais ce qui me fait penser que ç'aurait pu avoir des effets désastreux et qu'il était normal que Marion trouve l'idée saugrenue. Kant avait raison: à quatre dans une soirée, on ne peut s'empêcher de considérer l'autre d'un point de vue amoureux; les (...)
Tenir la chandelle
19 Août 2010 à 15h58
Vivien avait invité une foule de gens, et nous nous sommes retrouvés à quatre hier. Ce pauvre Vivien... Depuis qu'il est guéri de son cancer, tout le monde se désintéresse de lui; il ne se fait pas de relations dans son école de marketing; il doit sans cesse aller autre part, pour un stage, pour une année d'étude à l'étranger, pour de l'humanitaire (la nouvelle aberration concoctée par les écoles de commerce: faire faire de l'humanitaire aux élèves afin de mieux leur inculquer l'hypocrisie); au final, il a tout juste réussi à se faire dépuceler au passage par une Réunionnaise. Il est donc (...)
Si ce n'est pas indiscret?
18 Août 2010 à 17h33
B. ne donnant pas signe de vie, j'ai finalement décidé, sans conviction, d'accompagner Marion chez Vivien ce soir - ce qui suppose d'assez grands déplacements et quelques démarches auprès de mes parents, puisque je dois leur emprunter un véhicule et rester dormir chez eux ensuite. Je suis certain que Marion sera surprise de me voir venir. Elle m'avait transmis l'invitation avec une fermeté feinte, où je voyais bien qu'elle ne croyait pas une seconde que je viendrais et qu'elle ne m'en voudrait d'ailleurs pas, qu'elle constaterait le fait avec ironie. Je serai donc, encore une fois, en (...)
Il n'est pas nécessaire de travailler
17 Août 2010 à 23h50
J'ai continué de composer avec l'aide de Marion. On ne peut pas dire que j'aie fait autre chose. Je n'ai même pas fini. J'ai suspendu toutes mes autres occupations pour me consacrer à cette maudite partition, et j'en entrevois à peine la fin. J'entrevois déjà des corrections, en revanche. A quoi cela m'aura servi? A achever quelque chose? A pouvoir me dire en fin de compte: j'ai achevé quelque chose? Sans doute. J'aurai achevé quelque chose, et cela n'aura rien changé à ma situation, ce qui est très rassurant. Bérengère jouera peut-être ma composition, mais personne d'autre. Je serai toujours (...)
Hébétude
15 Août 2010 à 23h15
Marion va arriver d'un instant à l'autre, et je touche le fond de l'hébétude. J'ai repris la partition ce soir, j'avais deux pages à refaire. Je me suis fait violence, je me suis forcé à penser au plaisir que j'aurais d'avoir fait preuve d'un grand effort de volonté... Mais j'ai renoncé en très peu de temps. J'avais gommé une demi-page et c'était très laid. En voyant ça, je me suis dit que ce que j'étais en train de faire était certainement tout aussi monstrueux. Et depuis, je traine ma défaite un peu partout. Je rumine des pensées sombres. Je me fais un thé, je mange, rien n'y fait, (...)
Retour
9 Août 2010 à 11h37
Sitôt revenu hier, je suis allé sur ce site voir tout ce qui s'était écrit ces deux dernières semaines. Le premier élément de mon confort personnel - la clef de voûte peut-être de mon confort: pouvoir accéder aux autres du fond de ma solitude, bien que malade, fatigué, étendu sur le lit de mon ancienne chambre, chez mes parents. A l'idée d'entrer de nouveau dans l'intimité des gens immédiatement, sans avoir à subir des discussions laborieuses, j'ai été parcouru de quelques frissons de plaisir. Je reviens en pensant avoir avancé, tout en me disant que les autres considéreraient comme nuls (...)
Discipline
27 Juillet 2010 à 13h36
Mardi 27 juillet 16h03 Je suis capable de me discipliner tout à fait. Toutes mes pensées presque sont dirigées vers mon récit. Je pourrais bientôt être aussi organisé, aussi dévoué qu’un Prussien. Give us a war, gentlemen ! Hier, j’étais allé dans la montagne. J’ai failli me perdre deux fois. La première fois, j’étais descendu par une espèce de lit de torrent entre deux falaises, puis j’étais remonté jusqu’à un rocher encombré de végétation ; là, j’ai mis un quart d’heures à trouver le sentier qui permettait de remonter tout en (...)
Conditions favorables
26 Juillet 2010 à 13h32
Lundi 26 juillet 10h53 Pour ce qui est de mon bonheur, je le répète, je laisse à Marion une pleine et entière souveraineté. Je lui suis reconnaissant de s’en occuper parce que je n’aimerais pas m’en occuper personnellement. J’ai pourtant besoin de certaines conditions favorables, matériellement et psychologiquement, pour me consacrer efficacement à l’art. J’ai besoin d’une présence, j’ai besoin de stabilité affective. Quand j’ai joui, dans le moment de dégoût et de vide qui s’ensuit, je trouve une grande inspiration au piano ; (...)
Voyage
25 Juillet 2010 à 13h30
Dimanche 25 juillet 17h40 Malgré les inconvénients du voyage, j’ai de l’inspiration. Peut-être le changement de lieu ? Il ne fait pas trop chaud d’ailleurs, il souffle un vent frais. Tout me semble sale ici, je ne me suis pas encore approprié ma chambre, je ne peux donc pas m’étendre et sommeiller ; j’aurais peu à faire, si je ne lisais ou n’écrivais alternativement. Ce matin, j’ai pensé que nous allions passer près de la ville où habite Bérengère. J’ai eu quelque amertume à cette pensée, une amertume qui semblait ne devoir pas (...)
Nazillon
18 Juillet 2010 à 13h27
18 juillet : Ce dimanche, je vais voir Marion à H., histoire de rendre visite ensemble à Cyprien. Qu’est devenu notre nazillon suicidaire préféré entre temps ? Il s’est remis avec son amie S. à la suite de sa tentative (qui avait donc un but) ; il a retrouvé le bonheur amoureux et a ennuyé Marion par de plates confidences au téléphone, il y a de cela quelques mois ; elle ne l’avait pas revu depuis lors. Rapetissé par le bonheur de l’amour, comme c’est notre lot à tous, il va cependant partir étudier en Inde pour deux ans, parce qu’il a (...)
Parrain
14 Juillet 2010 à 13h21
14 juillet 22h22 Les voisins teutons déménagent. C’étaient les pires. Hier encore, alors que je ne comprenais pas la cause de leurs déplacements continuels, je me suis demandé comment ils avaient pu apprendre à rire ainsi : jugent-ils utile d’alerter tout le quartier de leur alacrité ? Enfin, ce soir les bruits n’ont pas cessé pour autant. Il ne faudrait pas que les autres se réjouissent trop de leur départ et imitent leurs façons… Quelques nouvelles de mon parrain avant les vacances : à présent ses disputes avec ma marraine sont systématiques, ils se (...)
Les voix du peuple
11 Juillet 2010 à 13h16
Dimanche 11 juillet 21h51 De nos jours les voix du peuple ne peuvent plus s’exprimer sur la place publique. Mais depuis le début des temps modernes il en était ainsi. C’est dans l’espace du livre que les voix du peuple trouvaient alors à s’exprimer. On ne pouvait plus prendre la parole spontanément dans la rue, développer son idée et obtenir le rire des badauds. Dans la littérature cette réalité antérieure, aux allures un peu primitives ou exotiques (on pense tout de suite aux lupanars de Pétrone ou aux souks orientaux), était recréée, perpétuée. Pas dans la (...)
Je ne veux pas mépriser les gens
10 Juillet 2010 à 13h15
Samedi 10 juillet 18h11 J’ai peur de mépriser les gens. Je pose trop d’exigences, et personne ne les remplit. Qui aime le malheur ? Qui affectionne son désespoir ? Personne ou presque. Je ne veux pas mépriser les gens mais quand je pense à certaines personnalités, je ne peux m’empêcher de juger fade et infondée l’existence de l’immense majorité des gens. Si l’on répondait à mes critères d’idéal de vie, on ne pourrait plus vivre, sans doute. Je voudrais empêcher les gens de vivre. Mais si je cessais de raisonner de la sorte, je (...)
Les rencontres enrichissantes
9 Juillet 2010 à 1h06
Ce soir j'aimerais m'attaquer un peu à une expression que j'entends ou lis trop souvent: « faire des rencontres enrichissantes ». A force de l'employer, les gens l’ont érigée en lieu commun : les rencontres seraient forcément « enrichissantes ». Il faut s’ouvrir, il faut voyager, il faut rencontrer des gens. Cela ne peut que faire du bien. Oui, il arrive qu’on fasse des rencontres « enrichissantes » — encore faudrait-il savoir quelle est la nature de cet enrichissement. Mais pourquoi est-ce que je n’entends jamais : (...)
Jour de soldes
7 Juillet 2010 à 1h42
Mercredi 7 juillet 23h20 Audrey est entrée aujourd’hui dans le tramway alors que nous rentrions. Sans nous voir, elle est montée dans le compartiment où nous nous trouvions, avec une grosse valise. Il y avait du monde — assise près de moi, une fille ressemblait fortement à Al. et m’a fait douter, mais c’était une étrangère. Je me suis signalé à Audrey par un geste joyeux ; nous lui avons demandé où elle se rendait en vacances, avec qui (avec sa famille et Cécile, dans une maison qu’ils possèdent en Savoie ; ce qui m’a fait penser à certaines (...)
Un peu d'égoïsme inutile
5 Juillet 2010 à 1h44
5 juillet 23h59 Suis-je séduisant ? Je ne saurais dire. Pourrais-je attirer une Audrey ? Pire : une Bérengère ? Et qu’est-ce qui les attirerait alors ? Mon physique singulier, ou mon esprit, ma prétendue culture, mes raffinements ? Ma froideur elle-même peut-être, mon détachement, mon insensibilité appuyée qui me tient lieu de virilité ? Suis-je devenu séduisant tout d’un coup ? Ai-je pris des airs ou des façons qui me transforment, qui iraient même me prêter un certain charisme ? (Encore une chose que je ne peux résolument pas (...)
Un dimanche torride
4 Juillet 2010 à 1h38
4 juillet : Après avoir dormi chez mes parents pour éviter de subir la fête du nabab (ah tiens, il ne l’avait pas déjà faite ? ce n’était qu’une répétition ?), je suis allé juger de mon inspiration à H., dans un cadre plus rural. Comme Antoine, l’ami de Lucile, s’invite n’importe quand dans la semaine, même lorsqu’il manque à son travail, j’ai le droit de venir quand je veux et on aimerait presque, paraît-il, que je vienne plus souvent pour ne pas créer de déséquilibre. On doit être un peu embêté du sans-gêne d’Antoine. (...)
Compter les semaines?
3 Juillet 2010 à 1h46
Samedi 3 juillet 22h32 Ma semaine de cohabitation avec Marion s’est achevée. Je peux de nouveau monter le volume de façon à ne plus entendre la musique des voisins, de façon à ne plus savoir s’ils mettent de la musique ou s’esclaffent bêtement sur leurs balcons — et c’est là ce qui compte, ne plus savoir. Bravo à tous les bourgeois qui habitent autour de moi ; ils m’ont presque redonné le rêve puéril d’aller plus tard me terrer dans une maison à la campagne. Le matin, quand on ouvre les fenêtres, il faut que certains fument sur leurs balcons pour (...)